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J'achève en ce jour ma trente-sixième année

Il est temps pour ce coeur de cesser d'être ému S'il lui est désormais refusé d'émouvoir. Pourtant, si je ne suis plus l'aimé, Que j'aime encore ! Mes jours ont leur feuillage jauni, Fleurs et fruits de l'amour ont passé; Le ver, le chancre et la douleur Sont pour moi seul ! Il a, ce feu qui ronge ma poitrine, L' isolement d'une île volcanique; Nulle torche ne s'allume à sa flamme Bûcher funéraire ! L'espoir, la peur, le souci jaloux, La part enivrante des peines Et du pouvoir de l'amour me fuient, Je garde les chaînes ! Mais ce n'est pas le lieu ni le moment Que des pensées de la sorte m'assaillent Quand la Gloire orne la bière Ou ceint le front ! L'épée, l'étendard, et le champ de bataille, La Gloire et la Grèce les voient autour de nous ! Étendu sur son bouclier, le Spartiate Ne fut pas plus libre ! Un sursaut ( non de la Grèce, elle est debout !) Un sursaut, oh mon âme ! Songe en qui Ton flux vivant reconnaît sa source...

An Irish airman foresees his death

I know that I shall meet my fate Somewhere among the clouds above; Those that I fight I do not hate Those that I guard I do not love; My country is Kiltartan Cross, My countrymen Kiltartan's poor, No likely end could bring them loss Or leave them happier than before. Nor law, nor duty bade me fight, Nor public men, nor cheering crowds, A lonely impulse of delight Drove to this tumult in the clouds; I balanced all, brought all to mind, The years to come seemed waste of breath, A waste of breath the years behind In balance with this life, this death. W.B. YEATS - 1918- (en hommage au commandant Robert Gregory, mort au combat)

Sur le Tasse en prison, d'Eugène Delacroix

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Le poëte au cachot, débraillé, maladif, Roulant un manuscrit sous son pied convulsif, Mesure d'un regard que la terreur enflamme L'escalier de vertige où s'abîme son âme. Les rires enivrants dont s'emplit la prison Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison; Le Doute l'environne, et la Peur ridicule, Hideuse et multiforme, autour de lui circule. Ce génie enfermé dans un taudis malsain, Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim Tourbillonne, ameuté derrière son oreille, Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille, Voilà bien ton emblême, Âme aux songes obscurs, 1842. Charles Baudelaire

Lost Lenore

poèsies de Nietzche mélange

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Pourquoi un mélange? envie de présenter des fragments aléatoires, sans titres ni références, sans ordre apparent, l'auteur suffit, au lecteur s'il le désire de combler ces éclats, de les nommer, de retrouver à quel corps ils composent, d'approcher Dionysos par la poésie du passant de Sils-Maria. Est-ce là la plus sacrée prière, Le livre du bien ...et du mal? Pourtant s'y découvre, liminaire, L'adultère de Dieu ! Je demeure dans ma propre maison, En rien je n'ai jamais imité personne, Et me rirais volontiers de tout maître Qui ne saurait rire de lui-même. (au-dessus de ma porte) Du monde la roue roulante Erre de but en but, Pour le haineux misère, Et jeu pour le fou.

Gottfried August Bürger (1747-1794)

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Poète allemand, né près de Haberstadt. Il enseigna la philosophie et l'esthétique à l'université de Göttingen.

Voyage au pays du Freyschütz

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Koenigstein Le cimetière de Sonnenstein touche au jardin où les pauvres fous se promènent à leurs heures de récréation. C'est un petit enclos garni de tertres verts et de colonnettes, où la vigne-vierge se marie au cyprès, le lierre au saule, bien sablé, bien propret, bien passé au rateau; mais hélas! quelle différence entre la morne tristesse de ces lieux et la grave mélancolie du Königstein, berçant aux bruits du gouffre et de la tempête ses morts robustes tombés sains d'esprit et de corps sous la main fatale du temps. - Qui pare donc ces tombes? demandai-je au concierge; qui donc arrose et cultive les fleurs de ce jardinet? - Un autre fou, me répondit celui-ci, du reste excellent diable, pourvu qu'on respecte sa manie d'horticulteur et qu'on n'aille pas dégrader ses plates-bandes; un fou à qui du moins le cœur est resté et qui passe son temps à couvrir d...